TEMPIO

par Gaston Vuillier

Paris 1893

Les iles oubliées. Les Baleares, la Corse et la Sardaigne

Impressions de Voyage illustrées par l’auteur

Librairie Hachette et Cie, Boulevard Saint-Germain, 79


Quand j’arrive à Tempio, il fait déjà noir.

Cette ville est la plus peuplée de toute la Gallura. Les maisons en sont étranges. Construites en blocs réguliers de granit liés par de l’argile, hautes généralement, elles auraient l’aspect sinistre de forteresses sans les énormes balcons en bois qui s’y suspendent à chaque étage. Ces balcons projettent sur les rues des ombres capricieuses. C’est sur eux plutôt que dans les chambres que les femmes travaillent et babillent le long du jour.

Les larges dalles sonores dont la ville est pavée retentissent sous le sabot ces chevaux.

Les hommes passent vêtus de noir, encapuchonnés; seule la vue de quelque jeune serva (servante), l’amphore sur la tête, dissipe le sentiment de mélancolie dont on se sent pris à Tempio malgré la beauté d’un ciel presque constamment limpide.

Non loin de cette cité s’élève la chaîne granitique des monts Limbara dont la plus haute cime, il Giugantinu, atteint 1300 mètres au-dessus du niveau de la mer.

Cette masse rocheuse a très grand caractère; la partie qui regarde Tempio faisant face au nord ne reçoit le soleil qu’au déclin: c’est pourquoi le climat y est relativement froid.

La ville elle-même, située à 600 mètres environ d’altitude jouit d’un air salubre, frais, vivifiant.

Les environs sont parsemés de cabanes de bergers (stazzi), sorte de gourbis africains, aux murs grossièrement construits en pierre sèches dans le bas, tandis que le haut de la cahute est fait de branches et de feuillages entrelacés.

Quelques centaines de familles groupées en une sorte de fédération naturelle que l’on appelle cussorgie vivent là, d’une vie pastorale, et s’adonnent aux arts du laitage, aux fromages de chèvres et de brebis. Ces bergers passent pour de très habiles chasseurs.

L’aurore revenue, je jette un dernier regard sur les grandioses Limbara, et je repars.


SOURCES D’ILLUSTRATIONS

Dessins, peintures et lithographies du siècle XIX

Gaston Vuillier, Les monts Limbara vus de Tempio, [lithographie gravée par Charles Barbant], ca 1890-1893, immage dans ce livre.

Nicola Benedetto Tiole, Tempiese, ca 1819-1826, IN Nicola Tiole, Album di costumi sardi riprodotti dal vero (1819-1826), saggi di Salvatore Naitza, Enrica Delitala, Luigi Piloni, Nuoro, Isre 1990.

Jean Baptiste Barla, Viandante tempiese, 1841 (coll. Angelino Mereu).

Nicola Benedetto Tiole, Femmes de Tempio vués par derriere, ca 1819-1826, IN Album di costumi sardi riprodotti dal vero (1819-1826), saggi di Salvatore Naitza, Enrica Delitala, Luigi Piloni, Nuoro, Isre 1990.

Alessio Pittaluga, Berger de la Gallura, ca 1826, IN Royaume de Sardaigne dessiné sur les lieux. Costumes par A. Pittaluga [lit. gravée par Philead Salvator Levilly], Paris – P. Marino, Firenze – Antonio Campani, 1826, rist. Carlo Delfino 2012.

Cartes postales et photos, fin du 19ème / début du 20ème siècle

Collection Erennio Pedroni, Gianfranco Serafino, Vittorio Ruggero.

Photos contemporaines

Antonio Concas, Vittorio Ruggero,  Alessandro Penduzzu, Giacomo Sanna, Salvatore Solinas.


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