L’ÎLE DE SARDAIGNE

(Souvenirs de voyage)

par Leon Denis

Extrait de

TUNIS ET L’ILE DE SARDAIGNE

1884

Léon Denis (Foug, 1er janvier 1846 – Tours, 12 avril 1927) fut un philosophe et parapsychologue français, consacré au spiritisme. Avec Camille Flammarion et Gabriel Delanne, il fut le principal représentant du mouvement spiritualiste français après la mort de Allan Kardec. Il donna des conférences dans toute l’Europe, promouvant la croyance en l’existence d’une vie de l’âme dans l’au-delà, qu’il présentait dans ses implications existentielles et dans les relations humaines.

Il est connu comme l’« apôtre du spiritisme frança (VOIR ICI).

I. L’Archipel toscan, la Corse, les bouches de Bonifacio

Le 21 octobre 1879, après avoir déjeuné à la hâte au restaurant del Giappone à Livourne, je montais à bord du vapeur l’Italia, de la compagnie Rubattino en partance pour la Corse et la Sardaigne. La chaleur était aussi forte qu’en France au cœur de l’été. Une vive lumière éclairait la mer radieuse, les blanches maisons de Livourne, les formes dentelées des collines pisanes, ainsi que les lointains sommets des monts de Carrare, se profilant à l’horizon.

Sur le pont du vapeur s’entassaient par centaines des paysans lucquois, allant en Corse pour la récolte des châtaignes. Munis d’énormes besaces et de parapluies géants, ces hommes sales, déguenillés, aux regards cauteleux et sombres, ressemblaient plutôt à des brigands qu’à d’honnêtes travailleurs. Quelques-uns d’entre eux jouaient à la morra avec de bruyants éclats de voix et des gestes frénétiques. De l’arrière s’élevaient des bruits d’instruments à cordes, des lambeaux de chansons, des trépignements à faire trembler le navire. Trois musiciens râpés jouaient les airs populaires italiens.

Au son des violons et de la harpe, des jeunes gens, hommes et filles, dansaient avec des cris de joie, des rires éclatants. Les autres passagers rangés en cercle frappaient en mesure dans leurs mains en guise d’accompagnement. Les jeunes femmes, vêtues de costumes aux vives couleurs agrémentés de pompons et de torsades, la tête nue, les cheveux ébouriffés, descendant sur le front, se pendaient langoureusement aux bras de leurs cavaliers. Le plaisir mettait un éclair dans leurs yeux.

Le vapeur avait dérapé. La proue fendait l’eau et traçait un sillage qui s’allongeait bien loin derrière nous. A droite, à gauche, la mer s’étalait immense et bleue, comme le ciel. La côte d’Italie semblait fuir. Les édifices, les hautes maisons de Livourne, la gigantesque tour de la Lanterna, qui marque l’entrée du port, toutes ces choses s’effaçaient insensiblement.

Les îles nombreuses qui composent l’archipel toscan surgissaient une à une du sein des flots, semblables à des Titans à demi submergés. C’étaient la Gorgona, la Capraja, à la cime arrondie et pelée, au port étroit encaissé, que domine un bourg pittoresque; à l’orient, l’île d’Elbe et ses grandes falaises rougeâtres, puis le promontoire abrupt de Piombino.

Rien n’est mieux fait pour enivrer l’âme et charmer les yeux qu’une telle traversée faite par un beau jour. Cette mer, si limpide et si bleue, les jeux de la lumière et des ombres qui revêtent les îles de mille teintes fondues, un parfum de myrtes sauvages, que la brise détache de la côte et amène jusque sur le pont du vapeur, les barques aux voiles latines qui  volent légères, effleurant la surface des eaux, tous ces enchantements font naître dans l’âme du voyageur une impression délicieuse et ineffaçable.

Longtemps avant d’avoir doublé Capraja on distingue la Corse et ses montagnes bleuâtres, qui se prolongent en ligne droite au loin vers le sud. On se rapproche peu à peu, et ces masses confuses se dessinent; leurs contours s’éclairent. Sur les pentes raides qui fuient et se cachent sous les eaux, des villages sont bizarrement groupés. Des pâtres ont allumé un feu sur les crêtes, et une blanche colonne de fumée monte en spirale dans l’air.

Bien tôt apparaît Bastia et ses maisons massives s’étageant en amphithéâtre jusqu’à des hauteurs couronnées de vieux forts génois sur les ruines desquels nopals et figuiers épineux poussent à l’envi. Le vapeur jette l’ancre au large, et des barques nombreuses se pressent autour de ses flancs. Les Lucquois s’y amoncèlent et leur débarquement donne lieu à des incidents comiques. La douane française, soupçonneuse, bouleverse leurs besaces et les force à en étaler le contenu sur les dalles du quai.

Nous repartons, après deux heures d’escale, et longeons jusqu’au soir la côte orientale de la Corse, côte plate, marécageuse, où la fièvre règne en souveraine.

De loin en loin, du milieu des étangs, s’élève une vieille tour lézardée et solitaire, poste d’observation bâti par les Génois. Toute cette côte, aujourd’hui stérile, était un des greniers de Rome. Des colonies puissantes y florissaient. C’étaient Mariana, Aléria, villes de quarante ou cinquante mille habitants. Puis vinrent les barbares; Goths et Vandales détruisirent les villes et chassèrent les habitants dans les montagnes. La nature reconquit peu à peu son domaine sur l’homme. Les eaux des torrents n’étant plus retenues par les digues se répandirent sur la plaine et formèrent de vastes nappes d’une eau stagnante dont les miasmes empestèrent la contrée. Cet état de choses, aggravé par les longues guerres que la Corse soutint contre Gênes, subsiste depuis des siècles, et encore aujourd’hui la partie de l’île la plus cultivable, la plus riche en humus est abandonnée durant six mois de l’année. Pendant l’été, la voiture de poste qui dessert la longue route de Bonifacio à Bastia ne traverse que des villages déserts. C’est à peine si on aperçoit, de temps à autre, debout sur le seuil d’une masure, quelque malheureux au visage jauni, à la face de spectre, grelottant de fièvre et jetant sur la diligence un regard hébété par la souffrance et la misère.

Il suffirait seulement de quelques travaux pour assainir la plaine orientale et la rendre à l’agriculture. Mais les insulaires sont pauvres, les capitaux manquent, et les Français du continent ne songent guère à la Corse. N’est-ce pas ici le cas de constater combien cette île a été longtemps tenue en disgrâce et particulièrement négligée sous le régime impérial, régime que les Corses soutenaient cependant par tous moyens ? C’est une étrange anomalie et qui pourrait faire le sujet d’une curieuse étude.

Les Corses, dont l’empire avait fait ses sbires ont été enrichis par lui; quant à l’île elle-même, elle est restée pendant un demi-siècle dans un état d’abandon complet. Jusqu’en 1830, une seule route traversait la Corse, reliant Ajaccio et Bastia; les autres centres de populations ne communiquaient entre eux que par des sentiers pierreux, accessibles seulement aux mulets. Pas d’autres ports que ceux formés par la nature. Ce n’est que sous le règne de Louis-Philippe que le réseau des routes fut commencé, Le deuxième empire ne fit guère plus que le premier pour la Corse. Depuis quelques années, le gouvernement républicain a plus fait pour ce pays que tous ceux qui l’ont précédé. On travaille actuellement à l’agrandissement du port de Bastia; on trace dans le centre de l’île des routes forestières qui permettront d’en exploiter les bois et les carrières. Dans son gigantesque projet d’exécution du troisième réseau des chemins de fer, M. de Freycinet n’a pas non plus oublié la Corse, et les habitants d’Ajaccio viennent de célébrer par une fête l’inauguration des travaux de la ligne de Corte-Bastia.

La nuit était venue quand l’Italia pénétra dans les bouches de Bonifacio. De gros nuages couraient dans le ciel et l’assombrissaient, mais tout à coup, vers le milieu du détroit, ces nuages s’écartant, le disque entier de la lune apparut, et de longues traînées d’une blanche lumière s’étendirent sur la mer et sur les îles. Les crêtes des vagues s’argentèrent: caps, rochers, promontoires sortirent en foule de l’ombre. A notre droite, nous distinguions Bonifacio, perché sur de hauts rochers sous lesquels la vague, par un incessant travail, a creusé de profondes cavernes. Plus près de nous, les écueils de Lavezzi, de sinistre mémoire. C’est là qu’en 1854 se perdit la frégate la Sémillante, par une tempête affreuse. Mille hommes, marins et soldats, furent engloutis pendant cette nuit, sans qu’un seul d’entre eux survécût pour rapporter les détails de la terrible catastrophe.

A gauche, se montrait la côte escarpée de Caprera, séjour de Garibaldi, puis, au deuxième plan, les montagnes de la Gallura, nom que porte la région septentrionale de la Sardaigne, région âpre, désolée, hérissée de monts nus aux flancs ravinés par les orages, et si sauvage que son aspect éveille la pensée des paysages lunaires.

Trois phares éclairent ces eaux dangereuses: ceux de Bonifacio, de la Maddaléna et du cap Della Testa. Leurs feux intermittents brillaient tour à tour; l’un d’entre eux venait-il à s’éclipser qu’un autre voilé un instant, reparaissait aussitôt, appelant à lui les regards. Plus haut, entre les nues, resplendissaient les feux du ciel, innombrables fanaux jetés comme une poussière lumineuse dans l’insondable infini. Le jeu des phares qui éclairent les bouches, le calme de la nuit, à peine troublé par le bruit de l’hélice trouant les eaux et par le chant monotone d’un matelot debout à la barre, me retenaient sur le pont. Mais le vent du nord-ouest fraîchit soudain, le roulis devint plus fort et secoua violemment le vapeur. Il fallut regagner ma cabine jusqu’au jour.

Bocche di Bonifacio

II. PORTO TORRES, SASSARI ET LES SARDES

La mobilité extrême des vents qui règnent sur toute l’étendue du bassin de la Méditerranée fait de celle-ci une des plus dangereuses mers du globe. Il n’est pas rare d’y voir souffler successivement les quatre vents de la boussole au cours d’une traversée d’un jour.

Par un calme relatif, nous avions franchi les passes périlleuses de Bonifacio et nous allions longer la côte sarde, quand à la sortie des bouches, l’Italia, assaillie par un puissant maestrale ou vent du nord-ouest, se mit à exécuter une danse folle. Peu chargée de marchandises, elle offrait d’autant plus de prise aux vagues, qui, dans leurs ébats, se la renvoyaient comme une coquille de noix. A chaque coup de tangage, il fallait se cramponner avec force aux rebords de sa couchette pour ne pas être projeté au milieu de la cabine. Les meubles roulaient à qui mieux mieux, les ustensiles, la vaisselle, se heurtaient avec fracas sur les dressoirs. Le bruit des lames couchant le vapeur et lançant leur écume, qui retombait en pluie, jusque dans les écoutilles, les matelots passant en courant sur le pont, qui tremblait sous leurs pieds, les tintements de la cloche du bord, les cris des femmes et des enfants effrayés, tous ces sons se mêlaient en un sauvage concert, dont les grondements du vent dans les agrès formaient la basse continue, d’une harmonie lugubre, menaçante.

Ce moment désagréable dura peu. Un demi-cercle d’îles, dites dell’Asinara, s’allonge comme un écran au nord-ouest de la Sardaigne. A peine avions-nous dépassé la première de ces îles, que nous nous trouvâmes a couvert du vent dans des eaux paisibles.

A l’aube, nous jetons l’ancre à Porto-Torres, au milieu de bâtiments à voile, à côté d’un vapeur, le Piemonte, qui chauffe, prêt à partir pour Civita-Vecchia. Un quai bordé de hautes maisons, d’aspect pauvre et délabré, aux fenêtres desquelles sèchent des guirlandes de loques; des marais, un ruisseau fangeux, et ça et là, parmi les roseaux, des ruines de constructions romaines, des colonnes, les arcades d’un aqueduc, voilà ce qui s’offre à notre vue. Ces vestiges rappellent qu’une antique et puissante cité maritime s’éleva là où nous ne voyons plus qu’un port misérable.

Nous abordons, et une légion de portefaix faméliques, à moitié nus, se précipite sur les bagages. Après une visite à la Dogana, on gagne en courant une baraque en planches située à l’extrémité du quai et devant laquelle un train de chemin de fer se prépare à partir pour Sassari. Cette baraque est la « stazione » de la Cie della Ferrovia reale Sarde. J’offre une pièce d’or de vingt francs pour payer mon billet de deuxième classe, et aussitôt les employés se pressent, étonnés, autour du guichet. Le receveur fait sonner dix fois la pièce sur le carreau pour s’assurer qu’elle est de bon aloi. On comprendra cet étonnement, en apprenant combien l’argent monnayé est rare en Italie. Le papier seul y circule et, aux guichets des Compagnies, on ne voit guère que billets crasseux et monnaie de bronze. La péninsule et les îles sont inondées de billets de banque de toutes valeurs, depuis celle de cinquante centimes. Non seulement la banque nationale et l’Etat lui-même émettent du papier-monnaie, mais il n’est pas de petite ville pourvue d’une banque qui n’en émette également. C’est ainsi qu’en Sardaigne on voit des billets de la banque sarde, de la banque agricole, de la banque de Cagliari, de Sassari, etc. Il ne faut pas s’aviser d’emporter ces valeurs avec soi hors du lieu d’émission; dans la localité voisine, on ne les accepte plus. De là une grande gêne dans les transactions. Pour cent francs d’or ou de valeurs françaises» on reçoit aujourd’hui cent dix francs de papier italien. Ce chiffre s’est élevé un moment à cent vingt francs. Les valeurs françaises sont recherchées, et les espèces d’or et d’argent refluent vers notre pays. Le peu qui reste dans le pays est caché soigneusement. De là, la satisfaction non dissimulée, de l’italien qui reçoit une pièce d’or en payement.

Le prix des billets de place est moins élevé en Italie, à égal parcours, que sur nos chemins de fer. Eu revanche, on n’y obtient aucune remise pour les bagages. C’est en Sardaigne que j’ai vu pour la première fois des voitures de quatrième classe pour voyageurs. Ces voitures sont semblables à nos wagons couverts à marchandises. On s’y tient debout. Une tringle en fer horizontale, qui règne à l’intérieur du véhicule, permet seule de garder son équilibre lors des chocs. Une population bruyante et couverte de haillons s’entasse habituellement dans ces voitures peu confortables.

La distance qui sépare Porto-Torres de Sassari n’est que de vingt kilomètres. La ligne traverse au départ une région déserte et marécageuse, gravit des pentes et aborde un plateau couvert de riants vergers et d’olivettes. La vigne enlace amoureusement le trône des ormes et des mûriers, des bouquets d’orangers, de citronniers, de grenadiers se succèdent.

D’innombrables oliviers penchent vers le sud leur feuillage grisâtre, que le maestrale courbe et secoue avec fureur.

Bientôt apparaissent les murailles ruinées et les faubourgs poudreux de Sassari. La descente du train s’effectue au milieu d’une cohue de mendiants qui envahissent les voies et se pressent autour de nous en poussant des cris lamentables. Pas un seul omnibus. Suivi d’un facchino portant ma valise, je traverse le champ de foire qui sépare la gare de la ville et dont le vent soulève la poussière en longs tourbillons. Nous gagnons le Corso Vittorio-Emanuele, principale rue de Sassari, bordée de deux rangs de hautes maisons ornées de magasins. Le pavé, comme celui de toutes les villes italiennes, est formé de larges dalles de granit. De petits drapeaux flottent au-dessus de nombreuses buvettes où se débite le vernaccia vin nouveau du pays.

Une jolie place ornée de la statue d’Àzuni, une illustration locale, occupe le centre de Sassari. Des bâtiments officiels, municipe, poste, casa provinciale, la bordent de leurs vastes façades. Cette place, traversée par la rue centrale, sous le nom de Via-Cavour, continue jusqu’au vieux castello aragonais qui tombe en ruines. Au delà les faubourgs recommencent.

Près du vieux château transformé en caserne est situé l’hôtel Bertrand, tenu par un français qui m’installe dans une chambre où l’on pourrait bien loger vingt personnes. Ma fenêtre close, en forme de moucharaby et garnie de rideaux épais, donne sur la Via-Cavour, déserte et silencieuse à l’heure de midi, mais qui, une heure après, redevient peuplée et bourdonnante.

Mon installation terminée, je parcours la ville pour examiner les physionomies et les costumes locaux. Le moment est on ne peut plus favorable. J’arrive, en effet, un dimanche, et ce jour-là les habitants de la campagne se rendent en foule à Sassari. Les hommes sont montés sur de petits chevaux pleins d’ardeur. Ils portent tous le bonnet de laine noire long et rabattu sur la nuque. L’extrémité, bourrée d’objets inconnus, forme une grosse boule qui tressaute à chaque mouvement du cavalier. Ils sont vêtus d’un sarreau noir sans manches, bras de chemise et culotte large en toile blanche, guêtres noires montant jusqu’aux genoux.

D’autres sont affublés d’une peau de mouton retournée, la laine en dedans, et serrée à la ceinture. Ce costume, fort incommode par la chaleur, leur donne un air étrange. C’est, paraît il, un préservatif contre la fièvre qui règne sur toute l’étendue de l’île. Les femmes sont vêtues d’étoffes de couleurs éclatantes. Leurs corsages sont brodés d’argent et de soies de teintes variées, d’un joli dessin. Ce corsage est ouvert jusqu’à la ceinture, et sous la chemisette, laisse voir toutes les formes. Les jupes sont rouges ou vertes pour les jeunes filles, bleues pour les femmes mariées. Un capulet attaché au sommet de la tête et retombant sur les épaules, la plupart du temps noir ou bleu, à raies jaunes, complète le costume qui souvent est d’un grand prix et que l’on ne porte que les dimanches ou les jours de fête.

Les Sardes, tous d’une taille, exiguë, sont laids et sales. Leur teint est brun foncé et leurs cheveux d’un noir d’ébène. Leurs traits durs ont quelque chose d’africain. Le sang arabe circule eu effet dans leurs veines; les Sarrasins ont possédé l’île, et sur différents points ou retrouve encore les débris de leurs forteresses. Le langage de l’immense majorité des insulaires n’est pas l’italien. Les habitants des villes se servent seuls de la langue nationale.

Les paysans sardes usent d’un patois rude et guttural qui participe de l’arabe et de l’espagnole, les Aragonais ayant également soumis l’île à leur domination. La population de la Sardaigne diffère donc essentiellement de celle de la Péninsule. Au lieu de la mobilité et de la faconde italienne, elle a quelque chose de grave, de mélancolique, qui frappe à première vue. Cette mélancolie, exprimée par l’attitude du sarde, persiste jusque dans ses chants qui s’échappent sur un rythme lent et monotone des buvettes de vernaccia. On reconnaît de suite que l’on se  trouve en présence d’une autre race; celle des Ibères, que les Latins et les Celtes ont presque détruite et qui n’existe plus qu’à l’état de débris dans des îles écartées et sur quelques points de l’Espagne, par exemple dans les vallées basques.

La Sardaigne est peut-être la seule contrée qui possède encore des monuments bâtis par les Ibères dans les Ages préhistoriques, bien avant que Romains ou Carthaginois aient apparu dans l’île. Ces bâtiments bizarres, nommés nuraghes sont des tours énormes à deux ou trois étages qui s’arrondissent on voûte au sommet et que flanquent des tours plus petites; ils sont formés de blocs cyclopéens assemblés sans ciment, et servaient a la fois d’habitations et de sépultures. Ces constructions ruinées datent bien de trente siècles. Quel abîme est le temps! D’innombrables générations ont passé, semant la poussière de leurs os sur la terre, notre grande aïeule, et ces édifices sont encore debout, nous parlant d’une histoire que les hommes ont à jamais oubliée.

Sassari - Fontana del Rosello, coll. Michele Saba (Facebook)
Sassari - Fontana del Rosello, coll. Michele Saba (Facebook)

III. LA BARBAGIA, LE CAMPIDANO, ORISTANO

Les chemins de fer sardes qui doivent, dans un temps donné, desservir l’île entière en reliant ses deux principaux centres: Sassari et Cagliari, ne se composent actuellement que de deux tronçons situés aux extrémités nord et sud de la Sardaigne, et séparés par la région accidentée qui s’étend de Sassari à Oristano.

Une voiture de poste franchit en vingt heures cet intervalle de trente lieues. Le départ s’opère le soir, à la nuit tombante. Au moment où la voiture m’emportant, seul voyageur, se mit en mouvement à travers les rues de Sassari, au bruit des grelots de ses six chevaux et des claquements de fouet du postillon, deux carabinieri, au long habit noir à boutons de métal blanc, le chapeau noir en bataille et la carabine allongée sur la cuisse, se lancèrent à notre suite au galop de leurs chevaux. Ils se relayèrent de poste en poste, nous escortant ainsi pendant tout le trajet. Ces précautions étaient devenues nécessaires à la suite d’une arrestation à main armée de la diligence qui avait eu lieu, à une époque récente, au milieu de la région montagneuse et sauvage qui avoisine Macomer. Des bandits apostés avaient tué deux chevaux et dévalisé trois français dont deux dames. Celles-ci, dépouillées de leurs vêtements, furent laissées demi-nues sur la route déserte, au milieu d’une nuit froide, à trois lieues de toute habitation. Les bandits avaient été presque aussitôt arrêtés, mais le chef de la bande trouva le moyen de s’échapper avec les menottes et la chaîne aux pieds.

A travers la nuit sombre, la lanterne éclaire d’une lueur vague et tremblante le postillon couvert d’une peau de chèvre, qui se démène furieusement sur son siège et interpelle ses rosses avec des cris rauques. Les murs de jardin, les arbres, les ravins pierreux, les coteaux décharnés défilent de chaque côté de la route. De temps à autre, une masure apparaît et, par la porte ouverte, on voit des paysans déguenillés se chauffant devant un grand feu clair.

Nous atteignons Macomer, point de bifurcation de plusieurs routes, où la voiture fait une longue station. Je me réfugie dans le bureau de la diligence, au sol de terre battue, dont la cheminée gigantesque, où flamboie un tronc d’olivier, pourrait bien abriter cinquante personnes. Les carabinieri enveloppés dans leurs grands manteaux, présentent leurs mains à la flamme. Des sardes en longs bonnets jettent sur moi des regards curieux.

Nous repartons à l’aube et descendons à fond de train la longue série des lacets tracés par la route aux flancs de la Catena del Marghine, montagne qui domine la vaste plaine ou campidano d’Oristano. Bien loin, vers l’Orient, à l’autre extrémité de la plaine, les premiers reflets de pourpre du jour naissant embrasent le liant sommet neigeux du Genargentu ou cime d’argent. Les feux augmentent peu à peu de puissance jusqu’à ce que le disque du soleil, semblable à une fournaise ardente, apparaisse enfin au-dessus de la longue ligne des hauteurs et illumine de ses rayons les crêtes aiguës et les gorges sauvages. Le sombre profil des monts do la Barbagia se découpe alors dans la lumière du matin comme une scie géante aux dents innombrables.

La Barbagia est la partie la plus âpre, la plus reculée de l’île. Ses habitants se distinguent des autres sardes par un caractère particulier de sauvagerie. Ils descendent des aborigènes ou premiers peuples qui ont occupé la Sardaigne avant l’histoire et ne se sont jamais soumis, dît-on, aux dominations romaine et carthaginoise. Une partie de la Barbagia est occupée par les descendants de tribus berbères immigrées au cours des premiers siècles de notre ère et qui, à la suite de longues luttes avec les premiers occupants, ont été refoulées dans ces régions inhospitalières. Ces populations ont conservé le cachet de leur origine. Leurs mœurs, leur langage, jusqu’aux chants et improvisations en usage parmi eux, tout rappelle les berbères d’Afrique.

Entre les deux chaînes de montagnes de la Marghine et de la Barbagia, s’étend le campidano, plaine à céréales, que la route principale de l’île coupe en deux. Tout autour de nous se succèdent les champs dépouillés de leur parure. Les tiges de paille, coupées à peu de distance du sol, s’élèvent seules sur leur surface monotone où paissent, çà et la, de petits bœufs trapus à longues cornes. Nous traversons aussi de vastes landes, grises et mornes à cette époque de l’année, mais qui se couvrent l’été de cistes et d’asphodèles.

On franchit des lieues et des lieues sans rencontrer un village, sans apercevoir une figure humaine. Enfin, quelques habitations misérables se groupent au bord de la route, près d’un fiume ou torrent dont le lit encaissé laisse voir des flaques d’eau bourbeuse, miroitant parmi des buissons d’aloès et de lauriers-roses.

Des vapeurs délétères rampent sur le sol, vierge de toute végétation. La voiture s’arrête; on change de chevaux. Des enfants sales, déguenillés, les cheveux eu broussaille, des vieillards, des femmes a peine vêtues, viennent tendre la main en poussant de petits cris plaintifs. Tout est sordide. Les huttes, à porte basse, laissent échapper une odeur méphitique d’huile rance et corrompue. Par des ouvertures pratiquées au niveau du sol, le regard plonge dans des taudis à peine dignes d’abriter les animaux les plus immondes, et où couchent pêle-mêle hommes, femmes, jeunes filles et garçons. Au milieu de ces loques de cette misère, nos carabinieri, drapés dans leurs uniformes, semblent des seigneurs. Au départ, nous longeons les escarpements du Monte-Ferru, volcan éteint depuis des siècles, dont les roches noires et brûlées contrastent par leurs teintes fauves avec la verte forêt d’orangers qui s’allonge sur ses flancs. Cette forêt célèbre est celle de Millis, et ses fruits parfumés se vendent dans toute l’île.

Au delà, recommence la plaine monotone, interminable, à travers laquelle la route déroule son long ruban poudreux. Enfin, après avoir traversé sur un pont de bois une rivière aux eaux épaisses, aux émanations fiévreuses, à l’extrémité d’une avenue où les roues de la diligence s’enfoncent jusqu’à l’essieu dans des amas de poussière, Oristano montre les coupoles écrasées de ses églises.

Oristano est une petite ville de six mille habitants, noyée dans des flots de poussière, sous une température de feu. A travers la plaine nue, le sirocco brûlant d’Afrique souffle en effet sans obstacle sur la pauvre cité. A part quelques hautes maisons de pierre qui s’élèvent au centre de la ville, aux abords de la place del Mercato, toutes les constructions sont en briques crues et creuses, et les murs de clôture des jardins en boue séchée, mélangée de paille. Ces habitations ont un aspect délabré et lamentable qui serre le cœur.

Sur la grande place une foule de paysans en guenilles, bonnets et vestes noires, culottes larges en toile blanche, descendant à la hauteur du genou, avec des allures de jupons, les pieds nus, les jambes crasseuses, piétinent sur la terre battue et conversent dans un patois guttural et incompréhensible. De petite stature, avec leurs barbes d’un noir de jais, leur teint bistré, leur rire muet laissant voir entre des lèvres épaisses un double rang de dents aiguës, ces sardes ont l’air de véritables bandits, un aspect farouche à faire reculer. Ce sont cependant, parait-il, d’excellentes gens, mais qui ne paient pas de mine.

Des enfants, de grandes filles, cachant à peine leur nudité sous des haillons graisseux, se roulent devant les portes. Les chariots massifs aux roues pleines passent à chaque instant, traînés par des bœufs maigres et chétifs que des bouviers d’un type sauvage aiguillonnent en poussant des cris rauques. Les roues pleines grincent d’une manière horrible.

Sur la place, des pêcheurs se sont installés avec leur marchandise: rougets, lamproies, dorades, que se disputent des nuées de mouches qu’ils s’efforcent en vain de chasser à l’aide de longues palmes. Un prêtre en soutane râpée, coiffé d’un chapeau à haute forme, rouge de vieillesse, marchande des lamproies et finit par les emporter sous son bras dans un lambeau de papier.

L’auberge qui m’a reçu, malgré son nom prétentieux d’hôtel du Commerce, n’est qu’une osteria vulgaire, aux salles immenses et nues. Un lit en fer et une chaise, voilà tout l’ameublement de la chambre que j’occupe. Pas un tapis, pas de rideaux; on revanche, une malpropreté repoussante, des myriades de puces et de moustiques.

Les seuls édifices d’Oristano sont les églises. Cette ville, quoique petite et misérable, est le siège d’un archevêché. Il est vrai qu’il n’est pas une bourgade de Sardaigne qui ne possède son évêque. La cathédrale d’Oristano, de style romano-byzantin, élève sa façade mignarde, enjolivée de sculptures, au fond d’une place déserte où l’herbe pousse entre les pavés disjoints. Au fond de l’édifice vide, des chanoines gravement assis dans leurs stalles font entendre un chant nasillard dont les voûtes se renvoient les notes discordantes. Tandis qu’au dehors tout respire le dénuement, on ne voit là qu’or et étoffes précieuses. L’autel est de marbre; des peintures de prix ornent les murailles; des chapelles encombrées d’ornements s’enfoncent sous les nefs latérales; vous foulez un pavé en mosaïque. Toutes les richesses du pays semblent réservées au culte, culte vain et pompeux qui rappelle les religions antiques de la Grèce et de Rome, tout, fait pour parler aux sens et non au cœur ou à la raison.

Nuoro, primi del '900 (coll. Domenico Melia, Facebook

IV. CAGLIARI

La ligne de chemin de fer qui relie Oristano à Cagliari, capitale de l’île, traverse la région la plus riche et la plus populeuse de la Sardaigne. Les villages y apparaissent nombreux, dressant au-dessus des maisons basses, couvertes en tuiles rouges, le svelte campanile de leur église arrondi en forme de dé à coudre. Les terres en friches deviennent rares, et les cultures se succèdent presque sans interruption. De chaque côté de cette plaine, appelée Campidano maggiore, l’œil découvre des sommets lointains. Plusieurs sont couronnés de ruines majestueuses.

Au moment où nous quittions Oristano, le ciel se chargeait de gros nuages poussés par la brise de mer vers l’intérieur de l’île. En atteignant les premières cimes, ces nues se déchirèrent et l’orage éclata. Une pluie abondante vint rafraîchir l’atmosphère, puis le soleil se prit à sourire de nouveau, transformant les gouttelettes suspendues aux arbres et aux fils du télégraphe en autant de perles aux teintes éclatantes. C’était un curieux spectacle, fait pour émerveiller un peintre, que de voir, après l’orage, les montagnes lointaines élever leurs crêtes d’un noir d’ébène au-dessus des nuages argentés qui flottaient à mi-côte sur leurs flancs.

Cagliari, la plus importante ville Sarde, est bâtie en amphithéâtre, au bord de la mer, sur une colline entourée d’étangs. Ses maisons, aux fenêtres garnies de moucharabys, échelonnent leurs terrasses en gradins jusqu’au Casteddu, vaste forteresse qui domine la cité entière et commande ses abords. Près des bastions s’étend la promenade de Buon-Camino, d’où la vue embrasse un panorama immense. On distingue de là la plaine féconde de Cagliari avec ses blancs villages, ses routes, ses sentiers et les haies de figuiers de Barbarie dont les longues raquettes épineuses se cramponnent aux rochers et envahissent les moindres coins de terre.

Plus près, un cercle de jardins enserre la ville; les longs panaches des dattiers et des palmiers nains s’élevant de toutes parts donnent à ce paysage un aspect oriental. Au loin, vers l’intérieur, comme cadre, des montagnes bleuâtres et du côté du sud, les salines, les étangs, le golfe inondé de lumière, peuplé de voiles et de bateaux pêcheurs, l’horizon sans fin de la mer se confondant avec le ciel. De la forteresse, occupée par les bataillons de cacciatori franchi (chasseurs francs), compagnies de discipline de l’armée italienne, convergent les rues de Cagliari tortueuses mais propres, et descendant jusqu’au port.

A Cagliari, on se retrouve en pleine civilisation. Le commerce, la navigation y sont actifs. Des services réguliers de bateaux à vapeur font communiquer cette ville avec les principaux ports italiens et même avec Tunis. Mais l’industrie y est nulle et l’instruction peu développée. Cagliari possède cependant une université presque aussi riche en professeurs qu’en élèves. Cinquante étudiants en suivent les cours. Signe caractéristique: il n’y a, dans cette ville de trente mille habitants, qu’un seul libraire. Encore sa boutique est-elle fort exiguë et fermée tous les jours de onze heures du matin à quatre heures du soir. En revanche, on y imprime quantité de journaux, que les gamins crient dans les rues avec d’étranges inflexions de voix

Cagliari, coll. Elettrio Corda

Conclusion géneral de l’auteur

En résumé, l’île de Sardaigne, quoique moins pittoresque que la Corse, n’est pas dénuée d’intérêt. Sa population surtout est curieuse à voir, à étudier. L’observateur, l’amateur de couleur locale y rencontrera de ces types primitifs et sauvages qui ont disparu presque partout ailleurs. La civilisation a à peine effleuré cette grande île. Elle n’a réellement établi son empire que dans ses deux villes principales; l’intérieur et particulièrement les pays de  montagne sont occupés par un peuple arriéré et barbare, voué à l’ignorance et à la superstition. Cette île est cependant plus fertile que la Corse, sa voisine. Ses plaines produisent du grain en abondance; des troupeaux innombrables parcourent ses pâturages et chaque printemps l’on charge à Porto-Torres vingt ou trente bâtiments de bestiaux en destination de Marseille.

L’huile et le vin y abondent. Des forêts de pins, de mélèzes, de chênes verts escaladent les pentes de ses montagnes et les gorges reculées recèlent des mines d’une grande richesse. Un certain nombre de compagnies étrangères, françaises et anglaises s’y sont établies et exploitent le précieux minerai de fer sarde que connaissaient déjà les Romains et qui est un des plus beaux du monde.

Mais malgré tout, ce pays est resté un des plus arriérés, des plus abandonnés de l’Italie et même de l’Europe. Les communications y sont difficiles et les routes manquent pour amener les produits de l’intérieur aux ports d’embarquement. La méthode de culture est tout à fait élémentaire. On y laboure encore la terre comme au temps des patriarches. Un soc de bois au bout d’une perche, telle est la charrue sarde; les instruments aratoires de fer ou d’acier y sont des plus rares. Muni d’engins grossiers, le paysan sue sang et eau de l’aube à la nuit pour gratter la surface d’une terre féconde qui, mieux cultivée, produirait d’abondantes moissons.

Une ceinture ininterrompue d’étangs insalubres borde l’île et les émanations fiévreuses qu’ils exhalent empoisonnent l’atmosphère et sèment au loin la maladie et la mort. Aussi la population est chétive, malingre, et la moyenne de l’existence peu élevée. La Sardaigne est, un lieu de punition et d’exil pour les fonctionnaires. Elle possède le seul bagne de l’Italie.

Au point de vue intellectuel et moral, l’île n’est pas plus favorisée. C’est la dernière région du royaume en matière d’instruction. Elle vient même après la Sicile et le pays napolitain. Sur cent sardes on en compte quatre-vingt-huit qui ne savent ni lire ni écrire. En vain le gouvernement fonde des écoles, la population indifférente les fuit. On sait quels maux engendre l’ignorance; la superstition n’est pas le moindre. Le sarde est en proie aux préjugés et à la routine. Il pratique encore la vendetta et le banditisme, éteint en Calabre, comprimé en Sicile, reparaît encore de temps à autre dans l’île tyrrhénienne.

L’Avvenire di Sardégna du 24 octobre annonce qu’à Nurri, gros bourg situé à quelques lieues de Cagliari, vingt-cinq hommes ont cerné pendant la nuit la maison d’un notable, ont maltraité celui-ci et lui ont volé douze cents lires. Nous avons déjà parlé des arrestations de diligences à main armée sur la route de Sassari. Le naturel du sarde n’est cependant pas méchant. Il est moins violent, moins dur que son voisin de Sicile: la misère seule le pousse au crime. Depuis longtemps les produits du pays se vendent mal. Les vins, les grains, les huiles ne s’écoulent qu’à des prix peu rémunérateurs. De là une gêne profonde qui s’étend sur toute la population de l’île.

En outre, le pays est accablé d’impôts nombreux et excessifs. Le gouvernement italien, pour faire face à des dépenses considérables, causées par l’entretien d’une armée de près de 500 mille hommes, d’une administration aux multiples rouages, par des travaux publics de première nécessité, le gouvernement, en présence d’un budget mal équilibré, et d’accord avec les Chambres, a dû créer des taxes écrasantes: impôts sur le sel, sur la mouture, sur les transports, les voitures, impôt foncier énorme, etc. Les Sardes, pauvres d’avance, sont accablés par ces taxes et ne peuvent payer; les dettes s’accumulent, le besoin les pousse au vol et au brigandage.

*****

L’Italie, avec ces boulets attachés à ses pieds: Sardaigne, Sicile, pays napolitain, l’Italie avance difficilement dans la voie âpre que tracent aux peuples les rudes exigences de la vie moderne. Sa situation financière oscille sans cesse entre l’augmentation de la dette et l’impôt sur les objets de première nécessité. Ses cabinets, impuissants à constituer une majorité durable au sein du Parlement, échouent les uns après les autres. Des élections continuelles agitent le pays, déjà en butte aux menées des cléricaux. L’ignorance profonde des classes populaires ne permet pas encore d’y établir le suffrage universel, seule base d’un régime démocratique, mais qui à cette heure ne serait en Italie qu’un instrument de domination pour les prêtres et de mort pour l’unité nationale. Cependant, le gouvernement du roi Humbert est libéral dans la plus large acception du mot. Les ministres sont adroits, et des progrès importants sont en voie de réalisation.

Si l’Italie méridionale est en retard de deux siècles à l’horloge de la civilisation, la vitalité des populations du nord est si puissante, qu’elles sauront entraîner à leur suite ces sœurs arriérées du sud dans la vaste arène du travail et de l’unification. Déjà, sous l’influence éclairée de la maison de Savoie, l’industrie italienne se développe, les universités se multiplient, les voies ferrées sillonnent en tous sens la péninsule, reliant aux grandes cités les régions les plus reculées et les plus sauvages. Que l’Italie sache imposer silence à l’esprit d’aventure et de militarisme à outrance, et, la paix aidant, la situation financière s’améliorant, le banditisme et la mendicité étant réprimés, l’instruction se répandant partout, la patrie de Dante et d’Alfieri verra s’ouvrir une ère meilleure et prospère.

Condividi Articolo su:
error: IL CONTENUTO DI QUESTO SITO È PROTETTO!
Résumé de la politique de confidentialité

Ce site utilise des cookies afin que nous puissions vous fournir la meilleure expérience utilisateur possible. Les informations sur les cookies sont stockées dans votre navigateur et remplissent des fonctions telles que vous reconnaître lorsque vous revenez sur notre site Web et aider notre équipe à comprendre les sections du site que vous trouvez les plus intéressantes et utiles.